Évènement dans l’événement, Joseph Kabila était, mardi 15 septembre, l’attraction au Palais du peuple. Ses faits et gestes ont été scrutés, voire immortalisés par les chasseurs d’images. Souriant, blagueur, il n’a parlé à aucun média. Il s’est néanmoins rendu disponible pour des photographies aux côtés du personnel du Sénat et des autres élus, notamment Modeste Bahati.
Cette présence pour le moins inattendue de Joseph Kabila au Sénat alimente une vive polémique dans la classe politique.
Comme le jour de la rentrée de classes, le Palais du palais a retrouvé son monde habituel. Mardi 15 septembre, on a assisté au retour des élus dans les deux Chambres du Parlement pour la session ordinaire de septembre essentiellement consacrée au débat sur la loi de finances, exercice 2021.
Au Sénat, l’actualité a été accaparée par la présence remarquable de Joseph Kabila Kabange, président honoraire de la République, qui participait pour la première fois à la plénière du Sénat en sa qualité de sénateur à vie conformément à la Constitution.
Seulement voilà, cette présence, pour le moins inattendue, suscite des commentaires dans tous les sens entre des opposants qui trouvent à redire et les pro-Kabila qui pensent que leur autorité morale reste égale à elle-même. Il accomplit « toute la loi, en assumant son nouveau statut ».
Cette participation le « rend définitivement inéligible »
Pour Noël Tshiani Mwadiamvita, candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, la participation de Kabila, en tant que sénateur à vie, à la plénière du mardi 15 septembre marquant l’ouverture de la session parlementaire du mois de septembre, l’écarte définitivement d’un probable retour à la présidence de la République.
« Je salue l’ancien président Joseph Kabila qui a siégé au Sénat, en tant sénateur à vie, ce qui le rend définitivement inéligible éternellement de briguer la présidence de la République», a-t-il réagi.
Une opinion pense aussi que la présence de Kabila à l’hémicycle pourrait influencer le déroulement de cette session parlementaire. Laquelle s’ouvre dans un environnement politique délétère. Un contexte essentiellement marqué par des questions sensibles, notamment les réformes électorales soutenues par l’initiative du Groupe de 12 personnalités (G12), la reprise des débats autour de trois propositions de lois des députés FCC Aubin Minaku et Garry Sakata en lien avec la réforme de la justice.
« L’expérience de Kabila sera profitable »
Le sénateur Modeste Bahati Lukwebo estime, pour sa part, que le Sénat va sûrement bénéficier de l’expérience de Joseph Kabila.
L’ancien allié de Joseph Kabila estime que sa présence sera bénéfique aux sénateurs.
« La présence du sénateur à vie, nous apprécions tous, du fait d’abord que nous allons bénéficier de son expérience. Il a eu à gérer le pays pendant plusieurs années, il connaît beaucoup de choses. Mais il faut considérer une présence tout à fait normale en tant que sénateur. Il est sénateur à vie c’est vrai, mais il est d’abord sénateur, raison pour laquelle nous lui souhaitons la bienvenue et nous allons sûrement bénéficier de son expérience dans le cadre du travail qui est le nôtre. Nous avons deux missions principales comme vous le savez, celle de légiférer et celle de contrôler la gestion de l’Etat», a réagi Bahati Lukwebo à la présence de Joseph Kabila à la plénière d’ouverture de la session ordinaire de septembre au Sénat.
Il convient de relever en passant que Joseph Kabila a eu un moment d’échanges avec le sénateur Modeste Modeste Bahati. Et pour immortaliser ces retrouvailles après près d’un an de brouille, les deux personnalités ont posé devant cameras et photographes, tous deux arborant avec un large sourire.
Il faut dire qu’il s’agit de la première rencontre entre Joseph Kabila et Modeste Bahati depuis 2019, année qui a vu l’autorité morale de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) quitter le navire du Front commun pour le Congo (FCC) en pleine traversée de la mer agitée du processus électoral congolais.
« Pédagogie démocratique »
Cette façon antinomique de voir les choses n’est pas partagée par les proches du président honoraire. Du côté du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), parti cher à Joseph Kabila Kabange, on est d’avis que cette présence est «bel et bien de la pédagogie démocratique ».
« … Une leçon de plus pour cette session! Et de toute évidence, on devrait s’y attendre avec le sénateur Joseph Kabila qui, sans nul doute, est demeuré constant dans le respect de ses engagements constitutionnels. Un modèle indélébile », a réagi Serge Kadima, président de la Ligue des jeunes du PPRD.
« Kabila accomplit toute la loi »
Plus inspiré que le président de la Ligue des jeunes du PPRD, Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC, voit dans cette présence de Kabila à la plénière inaugurale de la session ordinaire de septembre comme « l’accomplissement de toute la loi ».
Le coordonnateur du FCC a expliqué sa pensée en ces termes : « Il l’avait promis : Je respecterai la Constitution. Il l’a fait. Il ne s’est pas représenté pour un 3ème mandat successif. Aujourd’hui, il a accompli toute la loi, en assumant son nouveau statut, certes honorifique, celui de sénateur à vie», s’est extasié Néhémie Mwilanya.
Entretemps, note-t-on par ailleurs, en tant que sénateur à vie, titre honorifique du reste, Joseph Kabila n’est pas obligé de participer à toutes les séances de la Chambre basse du Parlement. Cependant, il n’est pas exclu le voir, une fois de plus, siéger à la plénière du Sénat.
Kinienzi Augustin/Lepotentiel